L'usage du collier électrique

 

Actuellement, il est très facile d'acquérir un collier électrique pour son chien. Vous allez sur Internet et vous le commandez en moins de 5 minutes. Pourtant, l'usage de cet instrument est très critiqué et sera probablement bientôt proscrit par l'Union européenne dans tous les Etats membres.

Il est très difficile d'estimer le nombre de colliers électriques vendus à destination de la Belgique. Les ventes se font en effet par Internet (les magasins ne les proposent pas en vente libre) et ces instruments peuvent être à fonctions variables. Il existe le collier anti-aboiement qui se déclenche automatiquement lorsque le chien s'exprime, le collier de rappel à distance activé à l'aide d'une télécommande, l'usage vise la courte distance comme la longue (jusqu'à 400 m), l'autonomie est assurée par le biais de piles ou batteries rechargeables... La conception d'un tel appareil est déjà criticable en soi : comment a-t-on songé, un jour, à l'inventer ?

D'une part si l'on décide d'acquérir un chien, c'est en connaissance de cause : un chien aboie, ce n'est pas nouveau. L'empêcher d'aboyer à tout bout de champ, sans raison manifeste, se gagne grâce à l'éducation que le maître lui donne dès son plus jeune âge, c'est-à-dire au moment de son adoption (2 mois) et non lorsqu'apparaissent les premiers symptômes "perturbateurs". Si ceux-ci se manifestent, il est avant tout question de s'interroger sur les causes d'un tel comportement afin d'opter pour les bonnes solutions. D'autre part, si le collier est installé au cou du chien en vue d'optimiser et d'accélérer le dressage de l'animal, c'est aller en contradiction avec le développement du sujet qui acquiert en un temps donné avec les capacités d'apprentissage que la nature lui a offertes. En outre, les arguments pesant en faveur de l'usage du collier électrique comme instrument de rappel à longue distance va à l'encontre des principes de base de la loi belge qui rend obligatoire la tenue du chien en laisse sur la voie publique (à entendre ici aussi les forêts, les champs, les parcs, les espaces verts...). D'autres encore prétendront que l'objet est un système de précaution inventé pour "le cas où...", comment expliquer dès lors qu'il en existe à batteries rechargeables ?

Non. Ce que beaucoup d'acquéreurs refusent d'admettre, c'est leur incapacité à éduquer socialement leur animal. Adopter un chien, c'est le reconnaître dans ses talents mais aussi dans ses limites : un chien mettra parfois plus de temps qu'on ne l'aurait souhaité à devenir sociable. Accélérer le procesus d'apprentissage via le collier électrique est, ni plus ni moins, une aberration voire de la torture !

D'ailleurs, l'interdiction de cet instrument sur les chiens fait son chemin sur le plan législatif. Dans certains pays, il s'agit déjà d'une réalité. En Suisse, par exemple, l'article 16.2.i proscrit "les mesures qui provoquent des douleurs ou des maux à l'animal" et, plus précisément concernant le chien, toute mesure agissant sur les organes vocaux (art. 22.1.c). En ce qui nous concerne, l'Union européenne a lancé un projet de loi en décembre 2005 interdisant "l'utilisation du collier électrique et autre instrument similaire pour les chiens" (2005/0427/I). Le projet est donc en cours et largement soutenu par de nombreuses fondations protégeant l'intégrité des animaux.

Petite historiette du jour... Beaucoup de visiteurs de ce site s'étonneront que l'auteur d'un tel article possède un collier électrique et en ait fait l'usage sur son propre chien. Loin de vouloir justifier mes agissements, il me semble normal d'en expliquer la cause... En l'espace de trois semaines, Happy a totalement perdu la vue à l'âge d'un an. Pourtant très bien éduqué et sociable, il a développé du jour au lendemain une peur panique à l'égard de tout bruit s'approchant de lui (personnes, chiens, musique, sonnerie de gsm, moto, clés...), l'amenant à se jeter agressivement sur tout et n'importe qui, y compris parfois sur des arbres dont le vent agitait les branches et dont il percutait en frontal le tronc. A cela s'ajoutait aussi une grande angoisse qui le poussait, une fois seul la nuit, à aboyer jusqu'au petit matin. Après avoir appliqué toutes les méthoses dites "amicales" conseillées par deux vétérinaires et quatre instructeurs canins, j'ai décidé le coeur serré (croyez-moi !) de tenter un essai au collier électrique. Le vétérinaire avait été très clair sur la question : si le chien ne s'adaptait pas à la cécité, il aurait fallu s'en séparer par euthanasie. Le chien n'a reçu qu'une seule décharge la nuit en pleines vocalises, une autre de jour alors qu'il s'était jeté en direction d'un animal agressif et faisant deux fois son poids. Les deux corrections ont été très efficaces. Depuis ce jour, mon chien se ballade dans la rue sans se soucier du tout venant, il fait la grasse matinée et tire même la tête lorsque je le réveille le matin ! J'estime donc lui avoir rendu un grand service car son adaptation s'est avérée très rapide et il est aujourd'hui très confiant et équilibré bien que la méthode utilisée puisse sembler barbare.

Métamorphose ? Non. Les comportementalistes sont clairs sur ce point : il fallait établir à nouveau une relation de confiance entre le maître et l'animal. Appuyer sur le bouton ne suffit pas ! La réprimande orale est indispensable et doit accompagner la correction de sorte que, à la prochaine désobéissance, le commandement vocal seul suffit. Par conséquent, un usage du collier électrique peut s'expliquer et, osons le dire "se justifier", dans des cas à caractère exceptionnel. Mais il doit toujours être réalisé avec réflexion et intelligence. L'utilisation du collier électrique, même dans ces cas extrêmes, devrait être unique : elle devrait aboutir à la correction efficace ou, dans le cas contraire, à l'abandon de la pratique.

Il est donc clair que cet instrument ne peut être mis en n'importe quelles mains et sans formation préalable car, malheureusement, beaucoup de maîtres trop impatients d'obtenir un chien "parfait" ou un couché immédiat, trop paresseux pour consacrer de longues heures à l'apprentissage régulier de leur chien, trop imbus de leur personne pour tenir leur animal en laisse comme la loi l'exige, sans scrupule tout simplement quant au respect de l'animal, abusent de cette pratique et y ont recourt sans raison tangible.

D. Van Muysewinkel

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